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Ahimsa : l’abscence de violence, source des Yamas

 Il s’agit du premier « yama » énoncé dans le Yoga Sutra de Patanjali*, que l’on peut considéré comme la source ou la racine de tous les autres. Concept cher au Mahatma Gandhi qui est un exemple célèbre de la mise en pratique d’Ahimsa à grande échelle, la transformant en une puissante force de résistance pacifique et de changement social. Pour lui, la non-violence était l’arme la plus puissante, capable de transformer les cœurs et de créer une société plus juste.

c’est le premier précepte dont je parle à mes élèves lors de nos pratiques de yoga ou de méditation. Nous exerçons souvent envers nous-même une exigence démesurée… Difficile de rester juste face à toutes les injonctions de notre quotidien et de se protéger de la violence de nos sociétés.

On pourrait définir Les YAMAS (5 en tout) comme de simples règles de morale universelle.    Mais pour le Yogi, ils sont l’attitude mentale, verbale et physique bienheureuse  ou bienvenue de nos actions et donc de notre position dans le monde. En tant que pratiquant, à chaque instant, nous pouvons témoigner des bienfaits de notre pratique. Notre comportement devenant au fil du temps le prolongement de celle-ci…

Comme la lune se reflète dans l’eau sans effort, il n’est pas besoin de donner de leçon ou  de faire la morale, de vouloir montrer l’exemple, il suffit d’être… Apporter dans notre quotidien un peu de ce recul bienfaisant et de cette détente vécus dans nos postures ou dans l’assise méditative.

Les Yamas pourraient nous servir de « verre mesureur » pour nos pensées, nos paroles, nos actes. juste se poser la question : 

  • Cette pensée, cette parole, cette action :  est-elle sans violence (ahimsa)? 
  • Cela est-il aussi vrai (satya, 2ième yama)? 
  • Cela est-il honnête (asteya, 3ième yama)?
  • Cela est-il mesuré (brahmacharya, 4ième yama)? 
  • Cela est-il empreint de (in)dépendance ou d’attachement/ détachement (aparigraha, 5ième yama) ?

 

« si un humain ne se livre à aucunes violences pendant dix ans en pensée en paroles et en acte alors il devient incapable de violence…

 

…Il entre alors dans l’Amour inconditionnel, vertu suprême du yoga. »

Mahatma Gandhi

Les 5 Yamas

Ahimsa : a= privatif himsa=meurtre, acte de tuer.  

En ne vivant pas Ahimsa, on ne peut vraiment vivre les autres yamas : c’est toujours à cette violence que l’on revient : colère, irritation, rejet, critique, tricherie, agression contre quelque chose…quelqu’un, ou contre soi.

Satya : vérité : le contraire de mentir tout simplement : car nos mensonges petits ou grands sont cette attitude mentale issue de nos projections, de notre imaginaire et de notre égo pour se protéger, s’inventer une vie, (se) faire croire des choses. Avec la pratique, le calme intérieur et mental apaisent notre égo et éloignent le mensonge en rendant vain nos efforts de dissimulation. 

Pourtant, toute vérité n’est pas bonne à dire : en effet, il faut savoir ne pas dire et attendre la bonne heure (bonheur) pour le faire….Ou se taire, Une vérité qui blesse, n’est pas une bonne vérité. 

Satya c’est aussi du courage : s’affronter soi-même avant même d’affronter les autres. C’est ne pas jouer des personnages, ne pas faire semblant, ne pas se mentir face à une situation ou une relation, accepter d’assumer ses défauts, ses failles qui ne sont finalement que les ombres de nos qualités. Cela peut surprendre, mais commencer sur cette voie, apporte de la légèreté!

Asteya : a privatif  steya =vol. Nous ne possédons rien véritablement, même pas notre corps qui mourra un jour. Nous sommes « locataires » ou gérants de tout ce que nous avons : Mon vélo, ma maison, mon chien, mon enfant, mon mari…Nous ne pouvons prétendre les posséder, nous n’y pensons même pas… La posséssivité s’apparenterait à un vol : la liberté de l’autre par exemple.  

J’exerce ainsi une violence contraire à Ahimsa à l’encontre de l’objet ou de la personne que je prétends « avoir ». Ce qui nous appartient ce sont les leçons de l’expérience, notre vécu, l’’affection ou l’amour, la joie et la tristesse… que nous entretenons avec le monde. 

Il ne s’agit pas ici de vivre dans l’indifférence ou dans le dénuement, mais d’accepter la richesse, le confort, les relations que nous vivons non pas comme un propriétaire, mais considérer que nous avons  « la chance » d’en profiter pour un temps, mais qu’ils peuvent disparaitre à tout moment…biens matériels, êtres chers, et puis ne pas confondre posséder et aimer…avoir et être. Cela évite ou diminue de grandes souffrances, notamment celle de l’échec ou de la perte.

Brahmacharya : brahma =dieu, charya= étude, tempérance ou chasteté. Se tourner vers la part divine en nous, la découvrir pour mieux se connaître et évoluer.

En Inde traditionnellement, Ce Yama fait référence à la pulsion fondamentale liée à la sexualité. Il n’est pas demander de refouler ou de refuser le sexe,  mais de respecter et de ne pas « gaspiller » cette énergie qui est une énergie sacrée.

Aujourd’hui on interprète ce précepte dans un sens plus large. En dehors de la sexualité, ce sont toutes les pulsions égotiques de recherche de satisfaction, de plaisirs, de jouissance, de sensations, de bien-être et de satisfactions qu’elles nous procurent, y compris parfois à la souffrance qu’elles entrainent…immanquablement, nous revoilà dans la nécessité de rechercher Ahimsa. Par une attitude plus sage, de recherche de connaissances, une démarche en developpement personnel…

Aparigraha : le non attachement. Le Lâcher-prise, même si je n’aime guère cette formule qui semble prôner l’abandon. En réalité, il s’agit vraiment d’agir sans se résigner, mais en acceptant ce qui est. 

Une sorte d’aboutissement des 4 précédents : si je ne suis pas violent, si je suis autant que possible dans la vérité, si je ne suis pas dans la possessivité et la recherche éperdue de satisfaction de mes penchants, de mes pulsions sans reflexions alors je peux atteindre pas à pas le non-attachement qui entraîne une diminution de la souffrance et la non-violence s’installe. 

 

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